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Münster, Nordrhein-Westfalen / Westfalen

Le Kiepenkerl de Münster

Tier 0+ - Publiek 4 min Conte populaire
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Sur une petite place de la vieille ville de Münster, là où cinq rues et ruelles se rejoignent au Spiekerhof, se dresse un homme de bronze portant une grande hotte d’osier sur le dos. Il porte la blouse bleue et la casquette, tient une pipe à la bouche et un bâton noué à la main, et regarde la rue d’un air à demi moqueur. Tout Münster le connaît. C’est le Kiepenkerl, emblème non officiel de la ville et de tout le Münsterland.

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1 L’homme à la hotte

Un Kiepenkerl n’était pas un héros de conte. C’était un métier. Dans le domaine bas-allemand, entre le Sauerland et Hambourg, des colporteurs ambulants allaient encore au dix-neuvième siècle à pied de ferme en ferme et du village au marché de la ville. Sur le dos ils portaient la Kiepe, une haute hotte de bois et de vannerie. De là vient le nom : Kiepe et Kerl, la hotte et le gaillard, rien de plus.

Ce qui remplissait la hotte dépendait du sens de la marche. Vers la ville : des oeufs, du beurre, de la volaille, tout ce que donnaient les fermes du Münsterland. Vers la campagne : du sel, du fil, des aiguilles, du ruban, du tabac et ce que le marchand pouvait encore placer. Son costume était aussi reconnaissable que sa charge : chemise blanche, cravate noire ou foulard de couleur, gilet, par-dessus la blouse de lin bleue, pantalon de lin, sabots ou souliers de cuir avec bas et hautes guêtres, une casquette, une pipe et un bâton.

Et il apportait plus que la marchandise. Il apportait les nouvelles. Qui vivait dans une ferme écartée, en un temps sans journal et sans poste, apprenait du monde exactement ce que l’homme à la hotte savait en dire. C’est pourquoi on mettait son couvert, pourquoi il pouvait dormir dans la grange, et pourquoi il entrait partout.

2 Comment un métier devint une figure

Ici, un mot honnête s’impose. Le Kiepenkerl n’est pas un personnage d’un seul récit. Il n’a ni nom, ni année de naissance, ni légende où il roule le diable. C’est un type professionnel devenu peu à peu figure populaire, et les anecdotes qui courent sur lui sont une coloration tardive, pour l’essentiel des dix-neuvième et vingtième siècles, quand le métier lui-même disparaissait déjà.

Cette coloration se comprend. Qui entre partout et parle à tout le monde prend de lui-même les traits d’un beau parleur rusé : le gaillard qui sait quelle histoire convient à quelle porte, qui fait baisser un prix par une plaisanterie et garde le dernier mot. Sur la scène bas-allemande et dans les sociétés d’histoire locale du Münsterland, il survit ainsi, en blouse et en sabots, le gaillard bavard qui gagne son pain en parlant.

Quand le vrai métier s’éteignit, la figure reçut un socle. La société d’embellissement de Münster passa commande au sculpteur August Schmiemann (1846–1927), né dans la ville. Sa figure mesurait 175 centimètres, en plâtre recouvert d’un dépôt métallique galvanique, et coûta 2960 marks. Elle fut solennellement inaugurée le 16 octobre 1896, sur la place qu’on appelait alors encore Neuer Fischmarkt et que nous connaissons aujourd’hui comme le Spiekerhof.

3 Dressé deux fois

Le monument traversa sans dommage le lourd bombardement de Münster du 10 octobre 1943, tandis que la ville tombait en ruines autour de lui. C’est justement pour cela que le gaillard intact servit, pendant les années de guerre, d’emblème de la fermeté westphalienne. Cela ne dura guère : lors de l’entrée de l’armée américaine en 1945, la figure de plâtre fut détruite malgré tout, heurtée par un char.

Münster ne le laissa pas à terre. Après la guerre, les sculpteurs Albert Mazzotti et Heinrich Ostlinnig en firent une nouvelle version, coulée cette fois en bronze, d’après le modèle de Schmiemann. Elle fut dévoilée au même endroit le 20 septembre 1953, et l’homme qui tira le voile était le président fédéral Theodor Heuss. Depuis, le Kiepenkerl est resté là sans interruption. Tout à côté, deux auberges qui portent son nom servent leurs hôtes, le Grand et le Petit Kiepenkerl ; le quartier entier s’appelle le Kiepenkerlviertel.

Qui se tient près de lui se tient au coeur de Münster. À deux minutes s’étire le Prinzipalmarkt, la rue des maisons à pignons et des arcades, rebâtie pierre par pierre après 1945. Derrière s’élève la cathédrale Saint-Paul, où la construction de l’horloge astronomique commença en 1540 ; vers midi, les Rois mages sortent et s’inclinent devant Marie et l’Enfant. Autour de la vieille ville court la Promenade, quatre bons kilomètres d’allée de tilleuls sur le rempart arasé, tracée à partir de 1770 et interdite aujourd’hui aux voitures. Münster est une ville du vélo, et le Kiepenkerl les regarde tous passer, la hotte au dos, comme s’il allait repartir à l’instant.

Source: Tradition populaire westphalienne et bas-allemande du colporteur ambulant ; monument du Kiepenkerl à Münster (August Schmiemann, 1896 ; version en bronze 1953).
Le saviez-vous? Le Kiepenkerl passe pour l’emblème non officiel de Münster et du Münsterland. Le monument du Spiekerhof est d’August Schmiemann et fut inauguré le 16 octobre 1896 ; l’original en plâtre disparut en 1945 et fut remplacé en 1953 par une version en bronze, dévoilée par le président fédéral Theodor Heuss. En 1987, l’artiste américain Jeff Koons en fit pour les Skulptur Projekte une copie miroitante en acier inoxydable, aujourd’hui au Hirshhorn Museum de Washington.
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