La sirène du vieux Büsum
Sur la côte de la mer du Nord, dans le Dithmarschen, se trouve Büsum, aujourd’hui une station balnéaire avec un port, un phare et des chalutiers à crevettes. Le phare rouge et blanc et le vaste Wattenmeer, aujourd’hui parc national, appartiennent au paysage autant que l’odeur des crevettes fraîchement décortiquées sur le port. Mais la plus grande partie, au sud du vieux Büsum, ne repose plus sur la terre, mais au large dans la vasière. Là où se dressaient jadis des villages, la mer roule à marée haute. De ce pays disparu vient la légende de la sirène: d’une femme, moitié humaine et moitié poisson, que virent trois pêcheurs, et d’une seconde, que l’on captura et qui lança une malédiction sur l’île tandis qu’on l’emmenait.
1 L’île qui sombra
Büsum fut jadis une île. Ce n’est qu’en 1585, au temps du chroniqueur Neocorus, que la construction du Wardamm relia le lieu au continent. Son nom viendrait des joncs qui poussaient dans les dunes; la première mention, sous la forme Biusne, remonte à l’an 1140. L’île portait sans doute plusieurs villages: Norddorp, l’actuel Büsum, ainsi que Dickhusen, Middeldorp et Werven. De ces noms, la plupart ne sont plus aujourd’hui qu’un souvenir, car la mer du Nord reprit la terre morceau par morceau.
Le raz-de-marée de la Toussaint de novembre 1532 fut l’un des pires qui frappèrent jamais la côte ouest. À Büsum, les deux tiers des digues auraient cédé, et c’est sans doute alors que sombra le village d’église de Middeldorp, qui repose aujourd’hui dans la baie de Meldorf, au large dans la vasière. Plus tôt déjà, l’église qui précédait l’actuelle Saint-Clemens avait disparu sous les eaux. On ne fit plus de projets de réinstallation. Werven fut si ravagé par les tempêtes de Noël 1717 et du février suivant qu’on l’abandonna; l’actuel Warwerort en est la refondation, à un endroit mieux protégé.
2 La sirène dans la vasière
C’est dans ce paysage d’eau, de vase et de digues que se situe la légende. Trois pêcheurs du vieux Werven, dit-on, se nommaient Klaus Sone, Reimer Solaken et Hans Dehne. En plein midi, ils virent une sirène assise sur le rivage. Elle peignait ses longs cheveux jaunes, et sa poitrine était blanche comme neige. De leur vie, dirent les trois, ils n’avaient vu plus belle femme, et longtemps ils restèrent à la regarder.
Mais lorsque la sirène s’aperçut que des gens l’observaient, elle se tourna vers l’eau. Alors seulement les pêcheurs virent que, par en bas, elle était comme un poisson, ainsi qu’on peint toujours les sirènes. Elle glissa dans le flot et disparut. Depuis le dix-neuvième siècle, Büsum est une station balnéaire, et les hôtes assis aujourd’hui dans leur fauteuil de plage devinent rarement que la mer paisible devant eux engloutit jadis des villages entiers. Les trois rentrèrent chez eux et racontèrent ce qu’ils avaient vu, et leurs noms restèrent attachés à l’histoire, tandis que le village d’où ils venaient sombrait depuis longtemps dans la mer.
3 La malédiction au vieux cimetière
La légende raconte une seconde rencontre, plus sombre. Au vieux cimetière, au sud de Büsum, on aurait vu également une sirène. Celle-ci pourtant, on la captura et on l’emmena de force. En s’en allant, elle lança une malédiction: aussi loin qu’on la traînerait, aussi loin le pays devrait s’arracher. C’est le chroniqueur Neocorus qui l’a consigné, lui qui prit en 1578 sa charge de pasteur à Büsum et fixa l’histoire du pays de Dithmarschen. Neocorus, de son vrai nom Johann Adolfi, recueillit ce que les vieilles gens savaient encore.
Qui connaît les noms des raz-de-marée entend dans cette malédiction une vérité amère. Car le pays s’arracha vraiment, marée après marée, jusqu’à ce que toute la partie sud de l’île repose dans les hauts-fonds. La légende revêt d’une image ce que les gens de cette côte vécurent durant des siècles: que la mer prend ce qu’elle veut, et ne rend rien.
Aujourd’hui, à marée basse, un long chemin mène dans la vasière, et des guides du Wattenmeer montrent aux visiteurs l’endroit où Ol Büsum, le vieux Büsum, se serait dressé. On y trouve des bancs de coquillages et des chenaux, non des murs. Un barrage anti-tempête protège aujourd’hui le port quand vient le raz-de-marée, et dans le bourg le museum am meer raconte les gens, les chalutiers et les flots. Pourtant, la sirène et sa malédiction survivent, chaque fois que quelqu’un s’avance et sait que sous ses pieds repose un village englouti.
Vie FelineKattengedrag en vachtverzorging
Heimweer.be — Europees Erfgoed Bewaard


