Le passage sous l’église Saint-Georges
Borculo se trouve au bord de la Berkel, mais cette rivière n’y est pas venue d’elle-même. L’ancien cours principal filait de Haarlo vers le nord-ouest ; ce lit s’appelle aujourd’hui le Bolksbeek. La Berkel a été détournée, et cela pour rendre le château plus facile à défendre. Borculo a donc reçu son eau comme il a reçu ses récits : de main d’homme, et dans un but. Le 10 août 1925, il passa quelque chose qui ne tenait à aucun lit.
1 Le Hof, la ville et l’évêque
Au douzième siècle, les seigneurs de Borculo apparaissent pour la première fois dans les sources écrites. Ils appartenaient au château bâti vers cette époque en un lieu aisé à défendre, au bord de la Groenlose Slinge. Le village naquit auprès de ce château, et à Borculo le château ne s’est jamais appelé autrement que le Hof. Il se dressait exactement là où se rejoignaient trois limites de paroisse : Eibergen, Groenlo et Geesteren, toutes trois relevant de l’évêché de Munster.
Comme agglomération, Borculo n’est mentionnée qu’en 1337, quand le seigneur et la dame y fondèrent une chapelle. En 1375 le lieu reçut les droits de ville. On ne les connaît que par un acte refait en 1590, la charte d’origine ayant brûlé dans un incendie. En 1509 la chapelle fut détachée de la paroisse mère de Geesteren et élevée au rang d’église paroissiale, sous le patronage de saint Georges.
La seigneurie de Borculo était un fief de Munster et le resta jusqu’en 1615. Cette année-là, la Cour de Gueldre et de Zutphen, sans compétence à la rigueur, trancha une querelle de succession en faveur du comte Joost van Limburg Stirum, et la seigneurie releva dès lors du comté de Zutphen. En 1777 le prince Guillaume V l’acheta, et c’est pourquoi le roi des Pays-Bas porte encore le titre de seigneur de Borculo. Le grand château fut démoli vers 1760, et le bâtiment plus modeste qui l’avait remplacé en 1870. Seules les caves subsistèrent, sous l’école de musique de la Hoflaan.
2 Le dix août 1925
Le 10 août 1925, dans l’après-midi et le début de soirée, un violent complexe orageux traversa les Pays-Bas du sud-ouest au nord-est : le Brabant, les abords de Nimègue, la Liemers et l’Achterhoek jusqu’en Twente et au-delà, en Allemagne. Il contenait probablement une supercellule. Au Brabant, des villages comme Zeeland, Langenboom et Escharen furent presque entièrement rasés. La trace se poursuivit par Grave, Millingen, Didam, Doetinchem, Ruurlo, Borculo et Neede.
Vers sept heures elle atteignit Borculo, et de toutes les localités c’est cette petite ville qui souffrit le plus. Ce qui s’y passa exactement se discute encore ; il s’agissait peut-être d’une tornade de force F4. La trombe mesurait un à deux kilomètres de diamètre. Sept cent cinquante maisons furent endommagées, deux cent quarante d’entre elles au point d’être perdues, et deux mille personnes se retrouvèrent sans toit. Que toute la zone sinistrée n’ait compté que quatre morts et quatre-vingts blessés reste difficile à concevoir.
Puis vint le public. De tout le pays on gagna l’Achterhoek pour voir. On vendit même des voyages en autocar, et il se forma des embouteillages, phénomène presque inconnu en 1925. On estime qu’un demi-million de curieux vinrent en deux semaines. Les fonds de secours versèrent trois millions de florins, dont 2,2 millions pour la seule Borculo. L’église Saint-Georges, gravement atteinte, fut restaurée les années suivantes ; la nef reçut alors des voûtes d’ogives sous son toit à deux pans.
3 Ce que le conteur savait encore en 1963
Près de quarante ans plus tard, le samedi 9 novembre 1963, le collecteur G.J.H. Krosenbrink se trouvait à Borculo face à un conteur que les pièces d’archives nomment H. Holstege. Ce qu’il raconta ce jour-là figure aujourd’hui dans la Volksverhalenbank de l’Institut Meertens, dans le parler de l’Achterhoek. Son premier récit portait sur le Hof : un souterrain devait autrefois relier le château à l’église. Et vient alors la phrase qui porte tout. En 1925, avec le cyclone, il y avait un trou dans l’angle de l’église, mais ils n’y sont pas allés bien loin : il n’y avait que des gravats.
Ainsi fonctionne une légende. La catastrophe n’est plus une catastrophe mais une pièce à conviction. Les folkloristes connaissent le motif du souterrain par lequel s’échappent les assiégés, et on le raconte d’innombrables châteaux. À Borculo il reçut une date.
Holstege en dit davantage cet après-midi-là. Tout près s’étend la Schoolte, une nappe d’eau qui ne sèche ni ne gèle jamais. Avec le cyclone, la coiffe de la grange de Blankenborg s’envola et ne reparut jamais ; on la chercha dans la Schoolte, mais elle doit reposer au fond, tant l’eau y est profonde. Et il montra la Waterster, un bois avec un gouffre au milieu et des fossés de tous côtés, si bien qu’il ressemble à une étoile ; cela appartenait jadis au Hof. Deux mois plus tard, un conteur de Haarlo datait l’incendie de la ferme Hartelman à la même horloge : c’était 1925, car le cyclone était venu cet été-là et le toit avait de nouveau été arraché. Le vieux Schoolprins l’avait annoncé, disait-il, car il avait vu un feu follet se glisser dans le chaume. À Borculo le calendrier recommença le dix août.
Vie FelineKattengedrag en vachtverzorging
Heimweer.be — Europees Erfgoed Bewaard


