Les deux avocats de Beetsterzwaag
Beetsterzwaag fut longtemps le siège du tribunal d’Opsterland. Là vivaient, au XVIIIe siècle, deux avocats qui ne pouvaient se supporter jusqu’à la mort. Leurs querelles pendant un procès pour quelques vaches devinrent si désagréables que leurs âmes y demeurèrent attachées après la mort. Aujourd’hui encore, dit-on, qui marche la nuit le long de la Hoofdstraat de Beetsterzwaag entend parfois deux voix se chamailler que nul ne voit.
1 Le procès des quatre vaches
Au XVIIIe siècle, deux paysans s’affrontaient devant le tribunal du bailli d’Opsterland — l’un d’Olterterp, l’autre de Beetsterzwaag — pour la propriété de quatre vaches qui avaient brouté sur une lande commune. Chaque paysan avait son avocat. Les deux avocats habitaient Beetsterzwaag, dans des maisons à un jet de pierre l’une de l’autre. Et tous deux se haïssaient comme la peste.
Le procès traîna. Ce qui aurait dû être une simple affaire de marques et de droits de pâture fut surchargé par les deux avocats de tant de faux arguments, de témoignages truqués et d’articles empruntés au droit romain qu’au bout de trois ans le bailli ne savait toujours pas à qui revenaient les vaches. Les quatre bêtes avaient entre-temps vieilli, été abattues, mangées, et leurs peaux vendues. Seuls les honoraires montaient.
2 Aucun ne cédait
Quand le bailli, las de querelles, rendit enfin son jugement — partager les quatre vaches, chaque avocat paie ses propres frais — chacun des deux avocats entra dans une telle rage qu’il agressa son confrère dans la rue. Devant l’hôtel de ville, ils se frappèrent à coups de perruque, se donnèrent des coups de pied dans les jarrets et se crachèrent au visage. Les passants durent les séparer. Les avocats jurèrent de ne plus se saluer et tinrent parole jusqu’à la tombe.
L’un mourut en 1782, l’autre trois mois plus tard d’une attaque — provoquée, disaient les mauvaises langues, par la joie de la mort de son confrère. Ils furent enterrés aux extrémités opposées du cimetière de Beetsterzwaag. Mais les âmes ne se reposaient pas.
3 Les voix de la Hoofdstraat
Dès le premier mois après le second enterrement, le messager du bailli vint un soir tremblant chez le curé. Il avait entendu, en revenant de Drachten, là où la Hoofdstraat entre dans le village, deux voix. L’une criait «Quatre vaches !» L’autre répondait «Deux pour moi !» Et cela allait et venait. Il n’avait vu personne.
Le curé dit des messes, aspergea d’eau bénite. Rien n’y fit. Aujourd’hui encore, dit-on à Beetsterzwaag, qui marche la nuit le long de la Hoofdstraat et s’arrête sous les vieux tilleuls entend deux voix se chamailler pour des vaches devenues poussière. Qui a vu une fois comment deux avocats frisons s’accrochent l’un à l’autre sait que ni tombe ni eau bénite ne peuvent les séparer.
Vie FelineKattengedrag en vachtverzorging
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