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Schwäbisch Gmünd, Baden-Württemberg / Ostalbkreis

L’église sans tours de Schwäbisch Gmünd

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Au-dessus des toits de Schwäbisch Gmünd, la plus ancienne ville des Hohenstaufen, se dresse une église sans tours. Le Heilig-Kreuz-Münster est la plus ancienne grande église-halle d’Allemagne du Sud et la première grande œuvre de la famille d’architectes Parler — mais qui en fait le tour aujourd’hui cherche en vain les deux tours qui s’y dressaient jadis. Elles s’effondrèrent dans la nuit du Vendredi saint 1497, et les Gmündois racontent encore pourquoi personne ne périt cette nuit-là.

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1 Les Parler et l’église-halle

Vers 1315, les bourgeois de Gmünd entreprirent une église neuve à l’emplacement de la basilique romane qui s’y dressait depuis le douzième siècle. Les deux tours ouest de l’ancien édifice, ajoutées vers 1210, ils les laissèrent debout : on bâtit simplement autour d’elles. Peu après le début du chantier, entre 1325 et 1330, un tailleur de pierre venu de Cologne en prit la direction : Heinrich Parler. Son nom est en réalité une charge — un «Parlier» était le contremaître d’une loge de bâtisseurs.

Heinrich modifia le plan de fond en comble. Au lieu d’une basilique à haute nef centrale, il fit élever trois vaisseaux d’égale hauteur, portés par de minces piliers : une église-halle, la première grande d’Allemagne du Sud. La nef fut achevée vers 1341. Le 17 juillet 1351 fut posée la première pierre du chœur-halle, la partie qui fit le nom des Parler. De leur atelier vient aussi le Saint-Sépulcre de 1350 environ, dont les vêtements et les armes sont, jusqu’au détail, ceux du quatorzième siècle.

Heinrich mourut vers 1370 à Gmünd ; son fils Johann poursuivit l’ouvrage. Le maître-autel ne fut consacré qu’en 1410, les voûtes vinrent à partir de 1491, et l’église ne fut telle qu’on l’avait voulue qu’en 1521. La route du gothique européen passait par cette petite ville de la Rems.

2 La nuit du Vendredi saint 1497

Les deux vieilles tours restèrent debout tout ce temps, tandis que l’église neuve poussait autour d’elles. Entre elles s’ouvrait un lourd arc qui les étayait l’une contre l’autre. Cet arc avait un défaut : depuis la nef, il bouchait la vue du chœur et du maître-autel. La direction du chantier décida de l’abattre.

Dans la nuit du Vendredi saint, le 24 mars 1497, les tours cédèrent. Toutes deux s’effondrèrent. Nul ne fut blessé. Le greffier de la ville, Rudolf Holl, nota ce qui se passa cette nuit-là dans l’église : six personnes y veillaient auprès du Saint-Sépulcre, deux vieillards et quatre écoliers. Quand la poussière monta, ils ne virent plus aucune lumière ; ils gagnèrent à tâtons une fenêtre du chœur et sortirent. Pas un d’eux n’avait une égratignure.

Les Gmündois y virent un signe. Que cela advint précisément la nuit où l’Église fait mémoire de la mort du Christ, et que les six veilleurs en sortirent indemnes, fut représenté sur une image d’indulgence et raconté pendant des siècles. Les tours ne furent jamais relevées — l’argent manquait. À la place de la tour nord s’acheva en 1507 la chapelle Schreyer, à celle de la tour sud en 1515 la sacristie. Les cloches gagnèrent la tour d’habitation romane au bord du cimetière, appelée depuis Glockenturm : un provisoire qui dure depuis cinq siècles.

3 Le violoneux et le soulier d’or

Une église sans tours attire la moquerie, et Gmünd a toujours dû vivre avec. La ville, strictement catholique, fut souvent surnommée hors de ses murs «la Nazareth souabe». Mais l’histoire que les Gmündois aiment le mieux raconter ne parle pas de moquerie : elle parle d’innocence.

Un pauvre violoneux, dit la légende, jouait dans une chapelle de Gmünd devant l’image de sainte Cécile. Il jouait si bien que l’image lui jeta son soulier d’or. L’homme fut accusé de vol sacrilège et condamné à mort. Avant l’exécution, on lui permit de jouer une dernière fois — et sous les yeux de toute la ville, l’image lui jeta aussi le second soulier. Son innocence était prouvée.

Le récit est plus ancien que Gmünd ; il appartient à l’origine au Volto Santo de Lucques et à sainte Kümmernis. Justinus Kerner vit en 1815 une telle image de Kümmernis, légende à l’appui, dans une église près de Gschwend, et conçut le 3 septembre 1816, au cours d’une promenade près de Gaildorf avec son ami Ludwig Uhland, le poème «Der Geiger zu Gmünd». Il parut imprimé le 9 décembre 1816. Kerner transporta l’action à Gmünd, et non par hasard : un orfèvre figure dans la vieille légende, et Gmünd était la ville des orfèvres par excellence — vers le milieu du dix-huitième siècle elle comptait quelque 250 maîtres orfèvres. Depuis 1906, la fontaine du Violoneux orne le jardin de ville. Les tours ne revinrent jamais ; le violoneux, lui, est resté.

Source: de.wikipedia «Heilig-Kreuz-Münster (Schwäbisch Gmünd)» ; chronique du greffier Rudolf Holl (1497) ; Justinus Kerner, «Der Geiger zu Gmünd» (1816).
Le saviez-vous? Peter Parler, né à Schwäbisch Gmünd en 1333, fils de Heinrich, fut appelé à Prague par l’empereur Charles IV en 1356 et y bâtit la cathédrale Saint-Guy et le pont Charles. Le chœur-halle de Gmünd, dont la première pierre fut posée le 17 juillet 1351, passe pour le chef-d’œuvre fondateur de toute cette école. L’église ne reçut le titre de mûnster de la Sainte-Croix qu’en 1926, de l’évêque Paul Wilhelm von Keppler.
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