La nuit de Walpurgis sur le Brocken
Avec ses 1141 mètres, le Brocken est la plus haute montagne d’Allemagne du Nord, et il est presque toujours enveloppé de brume. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, la nuit de Walpurgis, les sorcières s’y rassemblent selon la tradition: par les airs, sur des balais et des boucs, pour danser autour du feu avec le diable lui-même. La montagne possède aussi un véritable phénomène spectral, auquel la croyance s’est volontiers accrochée.
1 La montagne dans les nuages
Le Harz est un vieux massif, usé et couvert de forêts, et le Brocken s’en détache comme une tête nue. À cette altitude les arbres ne poussent plus; il n’y a que du granit, des broussailles basses et un vent qui tombe rarement. Environ trois cents jours par an, le sommet est dans les nuages.
Pour les gens des villages alentour, ce n’était pas de la météorologie mais un message. Une montagne qu’on ne voit presque jamais, où il tempête presque toujours, où la neige tient quand en bas le blé mûrit, n’est pas un lieu ordinaire. On l’appelait le Blocksberg, et l’on savait ce qui s’y passait.
Ceux qui y montaient quand même en revenaient avec des récits. Il y avait des cercles dans l’herbe où rien ne voulait pousser. Il y avait des pierres qui ressemblaient à un autel, à une chaire, à une cuvette pour sorcières, et on leur donna ces noms. Et il y avait, par-dessus tout, la figure dans la brume.
2 La nuit du trente avril
La date n’est pas fortuite. Au haut Moyen Âge, le 1er mai portait l’ancienne fête du printemps, la nuit où le bétail sortait et où l’été commençait. L’Église y superposa la fête de sainte Walburge, abbesse anglaise canonisée un 1er mai. La nuit païenne reçut ainsi un nom chrétien et resta exactement ce qu’elle était: une nuit de seuil, où les règles ordinaires ne valaient plus.
Voici ce qu’on racontait. Dans la nuit du 30 avril, les sorcières s’enduisent de graisse, enfourchent un manche à balai, une fourche de four ou un bouc noir et prononcent la formule. Elles s’envolent par la cheminée, par-dessus les forêts, de tous les points du ciel vers le Brocken. Là brûle le feu. Là siège le diable sur son trône, et l’une après l’autre elles s’avancent, lui rendent hommage, puis dansent avec lui, à reculons, jusqu’au chant du coq.
Les paysans le prenaient assez au sérieux pour agir. On posait des balais manche en l’air devant la porte, on traçait des croix de goudron sur les portes d’étable, on sonnait les cloches et l’on faisait du bruit avec fouets et chaudrons pour les tenir hors du ciel. Dans certains villages du Harz on le fait encore le 30 avril, même si c’est depuis longtemps surtout une fête de feux et de déguisements.
3 Le géant dans la vapeur
La preuve la plus tenace qu’il y avait quelque chose sur la montagne, c’est la montagne qui la fournit. Approchez du sommet, le soleil bas dans le dos et la brume devant vous, et soudain une immense figure sombre se tient dans la vapeur, parfois cernée d’un anneau de lumière colorée. Elle bouge quand vous bougez, lève le bras quand vous levez le vôtre, et disparaît quand la brume se déchire.
C’est votre propre ombre, projetée sur la brume. On l’appelle le spectre du Brocken, et on le voit sur bien des montagnes, mais nulle part aussi souvent qu’ici, car nulle part les nuages ne s’attardent autant sur la cime. Pour qui l’ignorait, c’était un esprit sans conteste, plus grand qu’un homme, imitant le grimpeur comme pour se moquer de lui.
En 1808, Goethe inscrivit définitivement la montagne sur la carte. Dans Faust, il fait monter le savant par Méphisto la nuit de Walpurgis, au travers de l’engeance des rochers, et depuis lors le Brocken n’est plus seulement un sommet du Harz mais une adresse de la littérature mondiale. Aujourd’hui un train à vapeur monte au sommet, il y a un centre d’accueil, et chaque 30 avril des milliers de gens se rassemblent à Schierke et à Thale, déguisés en sorcières et en diables. Le feu brûle encore. Seulement, on y vend de la bière.
Vie FelineKattengedrag en vachtverzorging
Heimweer.be — Europees Erfgoed Bewaard


