Notre-Dame de Bonne Volonté (Duffel)
Là où la Beneden-Nete glisse lentement le long de Duffel, une église ne fut d’abord qu’un saule sur la Lange Nieuwstraete—et une petite image de Marie, comme choisie pour être découverte.
1 Le saule de la Lange Nieuwstraete
Nous sommes à la veille du 14 août 1637, la vigile de l’Assomption. Deux garçons d’une dizaine d’années errent le long du chemin, non pour chasser les miracles, mais pour trouver ces occupations que les enfants inventent quand le jour s’étire. Alors ils l’aperçoivent: près d’un saule, comme si elle avait toujours été là, une petite statue de Marie—à peine douze centimètres de haut. Elle est maintenue par deux clous forgés, l’un ancien et l’autre neuf, du genre qu’on utilise aussi pour une roue de char. Détail étrange, souvent répété par la suite, comme pour prouver que rien n’est inventé ici, que tout est tangible—du fer où les doigts s’accrochent.
La nouvelle court plus vite que les pas. D’abord les voisins, puis les passants, puis ceux qui « par hasard » devaient emprunter la route. On regarde, on s’agenouille, on murmure des prières apprises dans l’enfance. Dès septembre, des offrandes sont rassemblées; on décide de bâtir un petit oratoire de bois, modeste, mais assez grand pour protéger la statuette de la pluie et des mains trop curieuses. Autour du saule, le bois s’élève, et autour du bois s’élève autre chose: l’attente.
L’époque est faite d’attention pieuse et d’arêtes vives. Dans les Pays-Bas méridionaux, la foi catholique, après les troubles religieux, s’affiche dans le paysage: processions, dévotions, images saintes, comme les ruisseaux et les clochers. Et pourtant, il reste singulier qu’un lieu devienne, de lui-même, un pèlerinage—sans projet, sans plan.
2 Du petit oratoire de planches au sanctuaire de pierre
Ce qui commence petit devient vite trop petit. L’affluence grandit, surtout aux fêtes mariales. On arrive à pied, en cheval et charrette, en carrosses cahotant sur la route. On apporte des cierges, des rubans, des promesses. Certains font le tour de la chapelle à genoux, non pour être vus, mais parce qu’ils croient que la douleur est une langue que le ciel comprend. D’autres attendent patiemment, se laissant porter par la foule, jusqu’à pouvoir entrer un instant et déposer leurs soucis devant la petite statue trouvée au saule.
À l’initiative de Floris van Merode, baron de Duffel, on décide d’un ouvrage durable: une chapelle de pierre, digne de tous ceux qui viennent prier. Un jésuite, Willem Cornelissen, en dessine le plan. En 1639, on pose la première pierre; en 1641, le maître-autel est prêt. Puis, le 30 juin 1641, comme une seconde naissance: le petit « logis » et la statue sont portés en procession de la chapelle de bois vers la nouvelle. Le trajet est bref, mais le sens immense—passage du hasard à la reconnaissance d’un lieu saint.
En 1642, le clocheton reçoit sa première clochette. Son son traverse les soirs d’été et les brumes d’hiver et dit à tous la même chose: ici, l’on prie. Quatre ans plus tard, le 21 novembre 1646—la Présentation de Marie—la chapelle est consacrée avec grande solennité par Gaspar Nemius, évêque d’Anvers. Le prélat Augustinus Wichmans est là, ainsi que des norbertins, le clergé, les autorités civiles et des centaines de personnes venues de Duffel et d’ailleurs. Après la dédicace vient une grand-messe, et, quelque part entre l’encens et le chant, le lieu s’inscrit pour toujours dans la mémoire de la région.
On raconte que c’est aussi là que naît la kermesse dite « Kapelwijding »: parce que le temps de novembre malmène souvent les pèlerins, on choisit plus tard une date plus douce, quatre semaines après Pâques. La dévotion prend un rythme, et le rythme devient tradition.
3 Guérisons, vœux et lumière des bougies
Au fil des années, la liste des récits s’allonge. Des malades qui guérissent. Des fardeaux qui s’allègent. Des gens qui, après une prière désespérée, rentrent chez eux avec une paix inexplicable. À Duffel, on parle de guérisons et de miracles, et des ex-voto apparaissent dans la chapelle: petites actions de grâce bien réelles, comme si les mots ne suffisaient pas.
Le prodige de ces lieux tient à ceci: ils sont bruyants et silencieux tout à la fois. Dehors, on entend la cohue, le grincement des roues, les cris des marchands les jours d’affluence. Dedans, on entend surtout la respiration et le chuchotement. Une mère soulève son enfant pour qu’il voie la statue. Un homme tord sa casquette entre ses mains, ne sachant plus très bien comment prier, mais demeurant là. La statuette elle-même—petite, immuable—porte toutes ces voix comme si elle était assez grande.
Et chaque année, à la veille de l’Assomption, la lumière revient en longue file: la procession aux bougies. Des flammes protégées du vent, des rangs de silhouettes dans le soir, des prières non écrites mais dites. C’est comme si Duffel répétait alors une promesse ancienne: ce qui fut trouvé en 1637 ne doit pas se perdre.
4 Révolution, retour et nom durable
L’histoire n’épargne aucun lieu saint. Pendant la Révolution française, cette chapelle perd, elle aussi, son assise: elle est vendue et disparaît un temps de la vie ecclésiale ordinaire. Mais le récit ne s’éteint pas. En 1803, la chapelle passe aux mains de Laurentius Segers, brasseur de Duffel, qui la rouvre après quelques années et la rend ensuite à la communauté. Comme si le bâtiment lui-même avait connu un bref « exil » avant de retrouver sa vocation.
Au XXe siècle viennent la protection et l’agrandissement; ce qui n’était qu’une chapelle devient église paroissiale (dès 1948) et reste, à Duffel, connue comme « la Chapelle », comme si l’origine comptait davantage que le titre officiel. À l’intérieur se cache un décor étonnamment riche, d’esprit baroque, où l’art et la dévotion disent ensemble qu’ici l’on prie depuis des siècles.
Mais ce qui demeure le plus, peut-être, n’est ni la pierre ni le bois, pas même la petite statue, si chère soit-elle. C’est le nom: Notre-Dame de Bonne Volonté. Une promesse douce en trois mots, à la mesure d’un lieu où l’on ne venait pas pour paraître, mais pour demander, supplier, ou simplement rester un instant—et espérer que la bonne volonté, humaine et céleste, existe encore.
Vie FelineKattengedrag en vachtverzorging
Heimweer.be — Europees Erfgoed Bewaard


