Le chevalier Eppo et la demoiselle du château
Au-dessus de la ville hessoise d’Eppstein, là où la Schwarzbach serpente entre les montagnes du Vordertaunus, la ruine du château d’Eppstein s’élève sur un éperon rocheux. À ses pieds se pressent les maisons à colombages de la vieille ville. La légende raconte qu’un chevalier nommé Eppo délivra jadis la belle demoiselle Bertha von Bremthal de l’emprise d’un géant, précipita le monstre dans un ravin profond et fonda en ce lieu le château qui porte depuis son nom.
1 Le rocher au-dessus de la vallée
Le Vordertaunus est un pays d’ardoise, et à Eppstein la roche verdâtre affleure au grand jour. Sur un étroit éperon rocheux, séparé de la crête par un fossé de col, le château se dresse comme un nid d’aigle au-dessus de la vallée. Les chercheurs datent sa fondation du dixième siècle; il fut élevé comme château impérial pour garder la frontière et apparaît pour la première fois dans une charte en 1122. Visible de loin demeure le donjon rond, qui mesurait trente-trois mètres au Moyen Âge, dont vingt-quatre tiennent encore aujourd’hui.
Tout en bas, là où le Daisbach et le Dattenbach se joignent pour former la Schwarzbach, la vieille ville se blottit contre la pente, un enchevêtrement de ruelles étroites et de maisons à colombages penchées. On l’a nommée un jour la perle de la Suisse nassovienne. Un tel lieu, où le rocher partage le ciel et où l’écho renvoie des parois, appelle une histoire qui semble aussi ancienne que la pierre elle-même. Eppstein l’a trouvée dans son chevalier Eppo.
2 Le chevalier Eppo et la demoiselle
Aux temps gris d’autrefois, dit le récit, un géant d’une force monstrueuse habitait les forêts du Taunus. Il avait enlevé la belle demoiselle Bertha von Bremthal et la tenait en son pouvoir, et nul dans le pays n’osait approcher le monstre. Alors passa un chevalier, Eppo de son nom, que certains appellent aussi Ebbo, un homme de courage et de bras ferme. Il résolut de délivrer la demoiselle, quoi qu’il lui en coûtât, et gravit les rochers où le géant demeurait.
Il y eut un combat, et Eppo l’emporta. Il précipita le géant dans un ravin profond, où celui-ci resta brisé, et ramena Bertha à la liberté. Sur le rocher d’où il commandait désormais toute la contrée, il se bâtit un château fort, que l’on appela d’après lui l’Eppstein. En témoignage de l’exploit, on suspendit une côte du géant abattu au-dessus de la porte du château, où elle fut montrée aux visiteurs jusqu’en 1854.
3 Entre légende et archive
Cette côte existe vraiment, mais elle ne vient d’aucun géant. Lorsqu’on examina l’os plus tard, il se révéla être celui d’une baleine du septième ou du huitième siècle. Il repose aujourd’hui dans la collection des antiquités nassoviennes à Wiesbaden, tandis qu’une copie sur le château rappelle la vieille histoire.
Le chevalier Eppo non plus ne se laisse saisir dans aucune charte. Il est nommé pour la première fois par l’historien de Darmstadt Helfrich Bernhard Wenck, et la version avec le géant et la demoiselle ne parut imprimée qu’en 1828. Plus tôt encore, les Eppstein aimaient rattacher leur lignage à une famille de la Rome antique, et depuis 1843 on voulut même le faire descendre d’un duc franc; la maison réelle, pourtant, descendait des seigneurs de Hainhausen dans le Rodgau, qui entre 1183 et 1190 prirent possession du château et se nommèrent dès lors seigneurs d’Eppstein.
Leur histoire n’avait pas besoin d’un géant pour être grande. Entre 1200 et 1305, les Eppstein donnèrent à l’Église, avec Siegfried II, Siegfried III, Werner et Gerhard II, pas moins de quatre archevêques de Mayence et s’élevèrent au rang de l’une des plus puissantes familles du haut Moyen Âge. Au pied de leur château ancestral grandit la localité qui reçut le droit de cité en 1318. Mais la légende donna à Eppstein ce qu’aucune archive ne peut donner: un fondateur aussi hardi et droit que le château sur son rocher.
Vie FelineKattengedrag en vachtverzorging
Heimweer.be — Europees Erfgoed Bewaard


