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Tende, Provence-Alpes-Côte d’Azur / Alpes-Maritimes

Les Merveilles du diable au-dessus de Tende

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Au-dessus de Tende, tout en haut de la vallée de la Roya, s’ouvre un cirque de pierre et d’eau que l’on nomme la vallée des Merveilles. Le mont Bégo y domine sept hautes vallées, à plus de deux mille mètres, et sur ses roches polies par les glaciers dorment des dizaines de milliers de figures gravées il y a quatre mille ans. Longtemps les bergers n’y montaient qu’à regret : ils tenaient ce sommet et ses gravures pour le domaine du diable.

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1 La montagne qui appelle la foudre

Tende garde l’entrée de la haute Roya, là où la vallée se resserre entre les Alpes-Maritimes et le Piémont. Longtemps comté de la maison de Savoie, la ville ne fut rattachée à la France qu’en 1947, après un vote de ses habitants. De ses ruelles et de sa collégiale Notre-Dame de l’Assomption, bâtie au seizième siècle, on ne devine pas encore le monde minéral qui commence deux mille mètres plus haut.

Car au bout des vallons se dresse le mont Bégo, deux mille huit cent soixante-douze mètres. Son nom viendrait d’une racine ancienne, Beg, qui signifie seigneur divin. La montagne attire la foudre : gorgée de fer et de minéraux, exposée aux nuées qui montent de la Méditerranée toute proche, elle accroche des orages d’une rare violence. Les hommes de l’âge du bronze y virent une puissance à la fois tutélaire, par les eaux qui en descendaient, et redoutable, par ses colères.

C’est à cette montagne sacrée qu’ils confièrent leurs prières. Sur les dalles vertes, ils martelèrent des taureaux aux longues cornes, des poignards, des hallebardes, des haches, des enclos quadrillés et de rares silhouettes humaines. On en compte aujourd’hui plus de quarante mille dans la seule vallée des Merveilles, près de cent mille sur l’ensemble du massif : le plus grand livre de pierre à ciel ouvert de France, écrit entre le néolithique final et le début de l’âge du bronze.

2 Le domaine du diable

Les siècles passèrent, la mémoire des graveurs s’effaça, et il ne resta que les signes. Nul ne savait plus les lire. Des figures cornues, des lames dressées, un personnage aux bras levés que l’on surnommera le Sorcier : aux yeux des bergers et du clergé, ces images ne pouvaient venir que d’une main mauvaise. La montagne aux orages devint le repaire des démons, et ses gravures leur ouvrage.

La géographie elle-même porta la marque du malin. Autour du Bégo, on baptisa les lieux comme on conjure une peur : la cime du Diable, les lacs de l’Enfer, le vallon de la Valmasque, la vallée de la sorcière. On disait que celui qui dérangeait ces pierres appelait l’orage sur les troupeaux. Aussi montait-on faire paître les bêtes, mais on ne s’attardait pas, et l’on se gardait bien de toucher aux figures.

Il fallut donc, longtemps, du courage pour seulement nommer ces hautes vallées autrement que par la crainte. Le mot merveille lui-même, en vieux français, ne désignait pas d’abord la beauté mais l’étonnement inquiet devant ce que l’on ne comprend pas. La vallée des Merveilles fut d’abord une vallée des prodiges troublants, un seuil que l’on n’osait franchir.

3 De l’enfer aux merveilles

La peur recula quand vinrent ceux qui regardaient les pierres sans les redouter. Dès la fin du dix-septième siècle, des voyageurs signalèrent les gravures ; mais c’est un pasteur anglais, Clarence Bicknell, qui entreprit à partir de 1897 de les relever une à une. Le sculpteur Carlo Conti poursuivit son travail, puis, à partir de 1967, l’équipe du préhistorien Henry de Lumley dressa le grand inventaire du site, roche après roche.

Ce que le diable avait dicté, les savants le rendirent aux bergers de l’âge du bronze : des prières gravées, un langage d’images tourné vers le ciel et la pluie, la terre et les troupeaux. Les vallées furent classées site naturel en 1969, puis protégées au titre des monuments historiques en 1989, et englobées dans le parc national du Mercantour. En 1988, la stèle dite du Chef de tribu fut même traitée comme un trésor : soulevée par hélicoptère pour être mise à l’abri au musée.

Aujourd’hui, on gagne les Merveilles par le sentier de grande randonnée qui traverse la vallée, et l’on ne s’en écarte qu’avec un guide. Le musée départemental des Merveilles, à Tende, en donne d’abord la clef. Le mont Bégo lance toujours ses orages, et la cime du Diable garde son nom ; mais nul n’y voit plus la main du malin, seulement celle, patiente, de bergers qui priaient la montagne.

Source: Tradition pastorale de la haute Roya ; toponymie du mont Bégo (cime du Diable, lacs de l’Enfer, Valmasque) ; travaux de Clarence Bicknell (à partir de 1897) et d’Henry de Lumley (Muséum national d’histoire naturelle, à partir de 1967).
Le saviez-vous? Le site du mont Bégo compte près de cent mille gravures rupestres réparties sur sept hautes vallées, dont environ trente-sept mille figuratives. La plus ancienne inscription latine, tracée sur la paroi vitrifiée, remonte au deuxième siècle de notre ère. Le musée départemental des Merveilles, à Tende, présente sa façade à douze colonnes et le moulage de la stèle du Chef de tribu, héliportée hors de la montagne en 1988 pour la soustraire au vandalisme.
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