La demoiselle du Johannisberg
Sur le Johannisberg se dressait aux temps les plus anciens une idole qu’on appelait Janny. Plus tard s’y éleva un château fort qui souhaitait bonne nuit par une lumière aux châteaux de Zolver et de Hesperange. De ce château il ne subsiste que de maigres ruines, et sur la crête boisée se dresse une église de pèlerinage solitaire dédiée à saint Jean-Baptiste.
1 Qui elle était
À cette colline se rattache la légende bien connue d’une demoiselle enchantée qui aurait été le dernier rejeton de la maison chevaleresque du Johannisberg. C’était Elisabeth de Hunolstein.
Comme le raconte le peuple, elle fut mariée à un seigneur de Wendel, de Reims, et c’est pourquoi on la connaît assez généralement sous le nom de Frau von Wendel. Elle quitta le château de ses pères pour suivre son époux en France. De ce mariage naquit un petit garçon, mais il ne fut pas heureux.
2 Le retour
La noble dame dut fuir son mari et revint au château natal sur le Johannisberg, où elle vécut dès lors dans une retraite sévère, presque monastique. Pas un habitant des villages d’alentour n’eut durant ce temps l’honneur d’entrer en rapport plus étroit avec elle.
Le peuple ne connut d’elle que ses souffrances et ses bienfaits, et à ses yeux elle était comme un être supérieur et saint. Abandonnée et répudiée par son époux, sa seule consolation fut désormais de soulager la détresse des malheureux et de veiller sur le sanctuaire de saint Jean situé près du château, qui sous sa garde connût la plus haute prospérité.
3 La tombe que nul ne crut
Cachée comme elle avait toujours vécu, elle mourut de même. On l’enterra tout en haut de la colline dans le caveau de ses ancêtres. On montre encore sa tombe à l’angle extérieur arrière de l’église, du côté du vallon de la Scherr.
Elle reposait déjà depuis plusieurs jours quand les gens apprirent seulement la nouvelle de sa mort. Le peuple fut inconsolable et ne voulut pas y croire. Et comme personne n’avait connu de près cette femme si éprouvée, et comme après une vie cachée elle disparaissait si soudainement et si mystérieusement, l’opinion se répandit bientôt qu’elle avait été enchantée. Non, s’écriait-on, elle n’est pas morte, elle vit encore.
Toute la légende est là. Une femme qui vit si retirée qu’on ne remarque pas sa mort est déclarée immortelle par ce même peuple. Non par superstition, mais parce qu’il refusait d’admettre qu’elle n’était plus là.
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